Mais où est la tête du Roi? (15/10/11)

 

     Ah!, le temps béni des monarques et dictateurs!... À l'époque, le pouvoir avait un visage. Une tête. Que les frustrations d'un peuple soient un peu trop cultivées par l'appétit vorace et toujours grandissant des têtes dirigeantes et, ni une ni deux, on allait récupérer le roi en villégiature du côté de Varennes et zip!, on te lui foutait la tête au bout d'un piquet et comme ça, la monarchie absolue, on en parlait plus. Oui, pasqu'un roi sans tête, on a beau dire, c'est plus très efficace. Ça sait même plus peler une paire de patates alors pour gouverner, plus la peine d'y penser.

     Mais faut pas prendre la tête des dirigeants de nos soi-disantes démocraties contemporaines pour des calebasses vides. Ils ont compris la leçon. Eux, leurs têtes, ils aimeraient bien la garder. Alors, ils ont inventé un système des plus malins qui fait que nous, les dirigés, on se retrouve comme de vaillants combattants, prêts à en découdre, mais cherchant toujours depuis des décennies un ennemi quelconque à dégommer sur le champ de bataille.

     Ça, y'a pas à dire, ils ont drôlement bien réussi leur coup. La dictature du capitalisme financier règne en maître sur la moindre petite parcelle de notre planète. Une dictature, oui. Mais pas de dictateur. Pas même l'ombre d'un demi cheveu d'une tête susceptible d'assouvir nos instincts régicides. Plus aucune main candidate à empoigner le sceptre, plus aucun souverain fessier pour se poser sur le trône, plus aucune tête pour recevoir le pouvoir de la couronne royale. Rien. Pas même quelques velléités. Des millions de gens de goinfrent grassement sur le dos des milliards de victimes du régime capitaliste mais surtout pas un pour revendiquer le plus haut sommet de la pyramide du pouvoir.

     Asseyez-vous confortablement, le spectacle commence. Aujourd'hui, comédie dramatique en deux actes : La Conquête. Acte un : Le Changement. Il y a foison de personnages. Certains disent hue, d'autres disent dia, les derniers disent qu'un peu des deux, ce serait bien. Mais pour tous, la pierre angulaire est la même. Avec eux, tout va changer, la dictature ne sera plus car il reprendront les rênes du pouvoir. Fi! de la dictature économique, le politique a son mot à dire. Alors, ils te disent tout un tas de mots pour dire comment qu'ils vont faire et comment que ça va bien marcher. Acte deux : L'exercice du pouvoir. Envolées les promesses, les pauvres politiques élus président ou députés nous avouent qu'ils ne peuvent rien, que le monde est comme ça et que le mieux, c'est d'essayer de s'en sortir tant bien que mal en usant de stratagèmes tous plus répressifs les uns que les autres mais que c'est pour notre bien mais qu'on peut pas comprendre pasqu'on nous a pas servi assez de pédagogie.

     Dites-donc, ne serait-on pas en train de se foutre ouvertement et sans vergogne de notre gueule? Alors, donc, les marchés financiers, c'est eux qui contrôleraient tout. Et, foulant au pied toutes les règles de bienséances, ils feraient ça sans demander à personne l'autorisation. Non, personne n'est responsable, le marché financier, c'est un truc indépendant qui se promène, là, tranquille, qui ne doit rien à personne. Tous nos problèmes, c'est qu'à lui la faute.

     Tenez, une petite histoire en guise de métaphore. Un type, un jour, lance une bombe en plein milieu d'une rue commerçante, un samedi après-midi, grand jour de l'idiotie marchande. Forcément, et c'était le but, ça fait tout un tas de morts. Le type, pasque la justice est bien faite, est envoyé devant les tribunaux pour répondre de son acte. Et là, à la surprise générale, il ressort libre et blanchi du procès. Ben oui. Car c'est pas sa faute. C'est la faute à la bombe, c'est elle qui a fait valser un peu partout sur les vitrines et entre les pavés des bouts de cervelle. Alors, tout le monde dit que oui, c'est la faute à la bombe et qu'il faudrait faire des bombes qui font moins mal aux gens. Le type, lui, il a fait que lancer un truc. Que ce soit une pelure de patate ou une bombe, ça ne change rien, aucune loi n'interdit de lancer. La bombe, elle a fait boum! toute seule... Ben voilà le genre de salade que nous servent gouvernements et présidents pour s'innocenter. C'est pas eux, c'est le marché financier.

     Qu'ils continuent, qu'ils tirent encore sur la corde... À défaut de Roi, c'est sur la noblesse que nous iront cueillir des têtes.

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