Paris-Nice 2013

Merci bien, Gaudin.
Prologue. Houilles - Houilles (2,9km), le 3 mars 2013.
    
Gaudin a raflé le premier maillot jaune. Il était drôlement content d'avoir gagné. Si drôlement content, que nous aussi on était content. Gaudin, il nous a sauvé le prologue. Au début, on était un peu triste. Faut pas nous la faire, on a bien vu que pas un des grands favoris pour cet été n'était là. Ça sentait un peu le repas sans pain, ce Paris-Nice. Mais Gaudin, il nous a dit qu'on s'en fout qu'ils sont pas venus les grands favoris. Tant pis pour eux. Y'a là tout un tas de types qui savent faire de belles courses, il nous a dit. En vrai, Gaudin, il a pas du tout dit ça. Il a juste dit qu'il était drôlement content d'avoir gagné. Et nous aussi. Tout le reste, c'est moi qui l'ai dit. Et je suis bien content, y'a Paris-Nice qui revient. Paris-Nice, c'est un parfum avant l'été.



La bête qui monte, qui monte, qui monte.
Etape 1. St-Germain-en-Laye - Nemours (195km), le 4 mars 2013.
     La bête est revenue. Un peloton, c'est une grosse bête sans pitié. Un peloton, ça fait pas dans la dentelle. Un peloton, ça a autant de compassion qu'une lionne en train d'égorger une gazelle. Hier, sur la plaine, la bête avancait et dévorait toutes les présomptueuses petites proies qui voulaient voler la vedette aux sprinteurs. La bête avalait. Mais la bête n'était pas infaillible. Une bordure, un coup de vent et la queue ne voyait plus sa tête. La bête avait perdu trente coureurs. On comptait, on cherchait. Mais hier, les sprinteurs avaient senti le mauvais coup. Ils étaient restés bien au chaud devant. Dix secondes de bonheur à les voir s'écharper à grands coups de cuisses sur la ligne d'arrivée. Kittel crève. Petacchi est vieux. Les autres jouent aux billes. C'est Bouhanni qui gagne. Le jaune est pour lui.


Les dents à Bouhanni.
Etape 2. Vimory - Cérilly (200,5km), le 5 mars 2013.
     Hier, la route, elle a tapé la tête à Bouhanni. Et même, en passant, elle a dû lui manger deux ou trois dents au maillot jaune. Y'a des fois, la route, on dirait qu'elle n'a rien avalé de dix jours. Alors, elle te chope la roue-avant de deux-trois équilibristes imprudents, et elle te leur croque un bout de fesse, de coude, de cuisse ou de clavicule. Puis, elle te grignote ça, lentement,  avec le sourire aux lèvres d'une petite vicieuse. Et la route, elle mange aussi des dents. Là, c'étaient celles à Bouhanni. La course n'avait plus de maillot jaune. Une course sans maillot jaune, c'est une larme qui tombe du ciel. Alors la route, pour nous consoler, elle nous a rendu un maillot jaune. C'est Viviani. Viviani, c'est bien.


Les chars à l'assaut.
Etape 3. Châtel-Guyon - Brioude (170,5km), le 6 mars 2013.
     Ah, une étape de vainqueur. À l'arrière, ces grands lourdauds de sprinteurs ont enfin sucré les fraises. Place aux gladiateurs, les clowns sont rentrés. C'est drôle ce Paris-Nice. On rigole bien. Les favoris sont tellement pas venus qu'on dirait qu'à peu près n'importe qui pourrait gagner cette année à Nice. Même Chavanel, c'est dire. Là, c'est Talansky qui a gagné. Mais ça aurait pu être un autre. D'ailleurs, j'aurais préféré un autre. Grivko, par exemple. En fait, non, qu'importe, je suis pour tout le monde, sauf pour Porte. L'équipe Sky, je suis pour qu'elle perde. Même, je préfère Talansky. Par contre, j'y mettrai pas une pièce. L'équipe Sky, elle ressemble encore à un char d'assaut cette année. Quand même, c'était une bien belle étape.


Le droit à la paresse.
Etape 4. Brioude - Saint-Vallier (199,5km), le 7 mars 2013.
     Les postulants à la victoire, hier matin, avant l'étape, ils ont fait une réunion. Ils se sont dit « Tiens, et si on faisait rien aujourd'hui. » La consigne a été drôlement bien suivie. Et après, y'en a qui s'étonne de rater des podiums ou des victoires. Y'a une règle assez basique au vélo: si on reste toujours à côté du maillot jaune, ben, on gagne jamais. Pendant que leurs concurrents jouaient à la pétanque sur le bord de la route en espérant qu'un maillot jaune leur tombe du ciel sur les épaules, Talansky a tenu et Porte a attendu. Aujourd'hui, heureusement qu'il pleuvait, parce que gâcher une étape comme ça, c'est à faire pleurer la nature de s'être usée à faire pousser de la moyenne montagne au centre de la France.


C'est pas beau, la guerre.
Etape 5. Châteauneuf-du-Pape - La Montagne de Lure (176km), le 8 mars 2013.
     Hier, sur la montagne de Lure, Talansky était venu armé. Première attaque. Il a sorti son pistolet à eau. Il a visé la tête à Porte. Mais il s'est trompé. Il a arrosé sa propre équipe qui est morte sur le coup. C'était bien triste. Deuxième attaque. Dans son pistolet, maintenant, y'avait plus d'eau. Y'avait du jus de citron. Le citron, ça pique les yeux, c'est terrible. Porte, faut croire qu'il craint pas le citron. Troisième attaque. Après le citron, il avait plus beaucoup d'idée de projectile, Talansky. Alors, il a jeté sur la tête à Porte son pistolet en plastique. Porte, ça l'a énervé. Il a pris une grosse masse et il l'a collée sur le pif à Talansky et même sur le pif de tous les autres coureurs. Là-haut, sur la montagne de Lure, Porte était le seul homme encore debout. La guerre, c'est moche.


Sprinteurs au rabais.
Etape 6. Manosque - Nice (220km), le 9 mars 2013.
     Tiens, revoilà Chavanel ! Ce type, c'est quand même un drôle. Il a gagné. Au sprint. Sans qu'on s'y attende. Même Thierry Adam ne s'y attendait pas, c'est dire si personne ne s'y attendait. Chavanel qui gagne au sprint, c'est aussi rare qu'une violette sur Saturne. Chavanel qui gagne tout court, déjà, c'est assez rare. Mais Chavanel au sprint, y'avait de quoi faire péter la cote chez les bookmakers. Et ben, il l'a fait. Et joliment même. À la pédale. À la dure. Alors, c'est vrai, c'était un peu un sprint sans sprinteur. Y'en avait bien deux ou trois qui traînaient mais ce n'est pas sûr qu'ils gardent très longtemps ce statut dans leurs équipes quand leurs directeurs sportifs s'apercevront qu'ils se sont fait taper au sprint par Chavanel.


Les Sky, toujours les Sky.
Etape 7. Nice - Col d'Eze (9.6km), le 10 mars 2013.
     Ben voilà, la Sky a encore gagné. Encore. Talansky et Péraud sont loin derrière Porte sur le podium. La Sky, c'est plus une équipe, c'est un agglutinement de leaders potentiels. Ce que fait la Sky est bien triste. Ça va pas arranger les relations diplomatiques entre la France et l'Empire britannique. Déjà, ils nous avaient brûlé Jeanne d'Arc. C'est bien triste. Au moins, si nous avions pu dire qu'ils avaient volé cette victoire, nous pourrions nous consoler de cette nouvelle provocation. Mais non. Car en plus, Porte, ce gredin d'australien aux britanniques joyaux, il l'a pas volé son Paris-Nice. Et Paris-Nice, c'est une bien belle course à gagner. D'ailleurs, il était bien content. Et nous aussi. Tous les ans, au Paris-Nice, on rigole bien.

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