Tirreno-Adriatico 2014

Des gras-doubles et des brutasses
Etape 1. Contre-la-montre par équipes. Donoratico – San Vincenzo (18,5km), le 12/03/2014.

     Oh, encore une fois cette année, leur Tirreno-Adriatico, il ressemble drôlement à un Paris-Nice d'avant. Remarque, ça tombe assez bien quand on voit que Paris-Nice, cette année, ça ressemble drôlement à un Tirreno-Adriatico d'avant. Deux chronos et deux arrivées au sommet en sept jours, ça devrait un peu faire dégouliner chez les cyclistes les derniers bastions graisseux des orgiaques outrages de l'hiver. Et pour nettoyer de suite un peloton des gras-doubles qui y traînent encore, y'a pas mieux qu'un contre-la-montre par équipes. Et à ce jeu-là, aujourd'hui ce sont les coureurs de la BMC qui contempleront ce soir leurs bidons en se disant que oui, peut-être, effectivement, ils sont encore peut-être un peu trop ronds et grassouillets ou déjà flapis par l'âge mathusalemien du papy Evans. Omega Pharma, eux, cette année, en Italie, ils ont décidé d'aligner une équipe de brutasses. Pour eux aujourd'hui, la tactique était simple. « Bon, les gars, aujourd'hui, voilà comment on s'organise. Euh, Kittel tu bourrines comme un âne. Les autres, si ça vous dit d'aider un peu, n'hésitez pas. Euh, Mark, toi, t'essaies de suivre et si tu y arrives, on te donnera le maillot jaune. » Ben y'a pas à dire, c'était une bonne tactique. Ils placent Uran et Kwiatkovsky pour le général et Cavendish en jaune. Y'a pas à dire, ils sont forts ces belges !



Il ne faut jamais jouer sa mère au PMU
Etape 2. San Vincenzo – Cascina (166km), le 13/03/2014.

     Oh la la, hein, mais c'était quoi cette étape pour les sprinteurs qui aurait dû se passer comme toutes les étapes pour sprinteurs et qui s'est effectivement passée comme toutes les autres étapes pour sprinteurs sauf que pas tout à fait ? Sur le papier, ce matin, le plateau était énorme. Le gratin mondial. Le trio magique des sprinteurs. Cavendish, Kittel, Greipel. Première grande explication de la saison. Moi, personnellement, j'aurais même joué ma mère sur ce tiercé dans tous les ordres. Donc, là, ben une étape normale. Oui. Des types s'en vont, le peloton gère, les rattrape à sept kilomètres et pim !, sprint massif à l'arrivée. Grand classique. Pour l'instant, pas de quoi défriser un caniche. Sauf que voilà. A cause de Dowsett, j'aurais pu perdre ma mère si j'avais joué. L'anglais, échappé, accompagné puis tout seul, a roulé comme un tank à réaction. Derrière Omega, Giant et Lotto, ils se sont dérouillés la caisse à courir après lui. Dowsett repris, ils étaient cuits comme des poussins en broche. A trois kilomètres de l'arrivée, Kittel chute, Greipel est presque seul et Cavendish est quelque part dans le peloton mais on sait pas où. Alors t'as d'autres équipes qui se sont dit « tiens, si on allait fracasser la tête au trio magique ? ». FDJ emmène le peloton. Sagan lance le sprint. Démare répond. Greipel ensuite, avec Pelucchi dans sa roue. Cavendish, derrière, fourni aussi son effort pour essayer de finir,, au moins, dans les cinquante premiers. Pelucchi, il avale Sagan, marave sa tête à Greipel et décoiffe Démare sur la ligne. Le dernier représentant du trio magique prend la troisième place. Oooh !, Pelucchi et Démare qui mettent une pouille à Cavendish, Kittel et Greipel, ça mérite de faire péter dans le gosier un godet de rouge, histoire de fêter ça.



... en fait si, on peut
Etape 3. Cascina – Arezzo (201km), le 14/03/2014.

     Je vous avais quittés hier soir dans une situation un peu délicate. A vingt heures pétantes, alors que j'étais tout tranquille, frais et disposé pour subir la grand-messe de Pujadas, le bookmaker est venu cogner à ma porte, réclamant son dû. Comme je n'avais pas ma mère sous la main, j'ai été la chercher. Ça m'a fait un peu de peine de la voir partir comme ça avec un inconnu. Mais tel le chat retombant toujours sur ses pattes, ce matin, j'ai appelé le bookmaker pour lui annoncer que je jouais ma fille, à la côte de Ma-mère-contre-1, sur la victoire de Sagan aujourd'hui. Le pitre, l'ignare du vélo, il a accepté. Il pouvait me rendre ma mère de suite. Alors, y'a bien Gilbert qui a tenté de lancer un pétard mouillé. Mais Sagan, il aurait pu gagner même en faisant les trois derniers kilomètres sur la roue arrière. C'est pour ça, ça risquait pas trop pour ma fille. Kwiatkowsky, qui finit second, prend le maillot bleu (et pas jaune) de leader. Ça, j'y aurais pas joué ma fille mais un bras quand même peut-être. Mais je suis pas fou, je vais pas jouer mes bras. C'est pratique des bras. Demain, je ne jouerai personne. Non, il faut être sage parfois. Pasque demain, c'est pas une étape pour les enfants. Pasque la guerre, c'est pour les adultes. Un grand peloton qui égrainera ses morts pendant deux cent trente kilomètres et deux cols, pour finir égorgé par les derniers guerriers dans les quatorze kilomètres de l'ascension finale de Cittareale Selvarotonda, ça va être saignant.



Le polonais aux dents longues
Etape 4. Arezzo – Cittareale (237km), le 15/03/2014.

     Sur les trois anciens vainqueurs du Tour de France présents aujourd'hui sur les routes italiennes, un seul a défendu dignement son rang. Derrière, tandis qu'Evans nous offrait un émouvant témoignage sur les ravages de l'ostéoporose, Wiggins, après s'être montré une demi-minute à l'avant, sombrai à nouveau dans sa déprime post « j'ai-gagné-un-Tour-de-France-mais-tout-le-monde-fait-que-dire-que-c'est-Froome-qui-l'a-gagné ». Heureusement, Contador a redoré le blason des anciens médaillés. Sans feux d'artifices mais proprement. Une seule attaque, juste histoire de claquer sa victoire d'étape dans la tête à Quintana et les gencives de Porte. Le Kwiatkowsky, un peu derrière, il a regardé ça comme un mâle alpha amusé de voir de petits louveteaux jouer à la baballe. Alors c'est pas très spectaculaire mais diablement efficace. Il conserve le maillot bleu. Et le polonais commence sans doute à avoir les dents longues. Le petit malin sait bien que c'est pas sur le chrono du dernier jour que Contador et encore moins Quintana vont venir lui maraver sa race. Alors, il faut passer demain. Oui, pasque demain, encore, ça sent plus le colombien, l'espagnol ou l'australien que le polonais. Ça sent plutôt le sable que la neige. La Pologne, j'aimerais bien y aller un jour. C'est pour ça que je suis pour que Kwiatkowsky, il gagne. Pasque la Pologne, c'est beau.



Mais qui a éteint la lumière?
Etape 5. Amatrice – Guardiagrele (192km), le 16/03/20014.

     A cinq kilomètres de l'arrivée, en tête de course. Hansen, King et Geshke, c'étaient les derniers rescapés de l'échappée matinale. Les gars se disaient que c'était peut-être l'occasion de finir deuxième d'une belle étape comme ça. Alors ils roulaient comme des bourriques pour essayer de rester dans la roue de Contador qui s'était échappé à l'ancienne, trente bornes plus tôt, dans l'avant dernière difficulté du jour, laissant tous ses adversaires lancer un grand concours de belote à l'arrière. Au pied de la dernière difficulté, King a tenté l'attaque de la mouche qui essaye d'embêter le gros lion. Le lion, il a chopé puis décapité la mouche. Y'a que Geshke qui a essayé timidement de s'accrocher à quelques mètres derrière l'espagnol. Pendant un moment, même, Geshke revenait sur Contador. Tu parles, il en aurait pissé de fierté de revenir dans sa roue. Alors Alberto a décidé de lui faire une bonne blague. Il l'a attendu. Et à la fraction de seconde où il a vu dans les yeux de Geshke la fierté d'être revenu, le petit Alberto a poussé la pédale du petit doigt de l'orteil gauche pour mettre quarante mètres dans la tête de l'allemand sur une pente à trente pour cent. Quel blagueur, cet Alberto. … Oh, mais qui a éteint la lumière ? Eeeh ? Y'a quelqu'un ? Mais rallumez ! … Ah merci. … Oh, ben ils sont passés où tous ? Ben ? Eeeh ? Y'a plus personne ? Ah si. Oh, tiens c'est Alberto. Ben, t'es tout seul Alberto ? Mais ils sont où les autres ? …



Le sport, c'est pas moral
Etape 6. Bucchianico – Porto Sant'Elpidio (187km), le 17/03/2014.

     Les valeurs sportives dans le sport collectif, c'est peut-être bon pour un spot publicitaire mais en vrai, si les sportifs étaient des gentils types plein de morale, on s'amuserait pas plus que des rats morts putrides. Ce qui est drôle dans le sport, c'est de poser la tête sur le billot de tout ce qui ne fait pas partie de ton équipe et de prendre un certain plaisir sadique à décapiter tout ça. Aujourd'hui, les bourreaux, c'était Omega Pharma. D'autres équipes aussi voulaient faire bourreaux mais il ne peut y avoir qu'un seul méchant dans les histoires. Cannondale, ils avaient un petit couteau tranchant qui est sympa pour faire quelques éraflures mais pour décapiter quelqu'un, un canif, c'est pas ce qu'il y a de plus efficace. Ils ont quand même réussi à trancher la gorge à Kittel qui n'aime pas du tout les côtes même à quarante kilomètres de l'arrivée. Ça a bien arrangé Omega d'avoir un concurrent en moins sans même se salir les mains dans l'immoralité du sport. Lampre, eux, ils avaient pris une savonnette pour aider Omega à apprêter Greipel avant son exécution. Au moment opportun, dans les trains du sprint final, un Lampre s'est ramassé la tête et a emporté toute l'équipe Lotto avec lui. C'était vraiment bien joué ce coup de la savonnette. Comme il ne faut jamais frapper un homme à terre sauf dans le sport, Omega a été très sportif et n'a attendu personne. Cavendish et Petacchi font le doublé. Le sport, c'est beau quand y'a des armes.



Où Malori gagne l'étape et Contador remporte, tranquille, le Tirreno-Adriatico
Etape 7. San Benedetto del Tronto (9,2km). Contre-la-montre individuel, le 18/03/2014.

     Edouard Leclerc (cf. http://www.ladepeche.fr/article/2011/05/17/1084042-aubin-un-livre-ose-retire-des-rayons-du-leclerc.html) m'avait pourtant prévenu. « Toi, on t'aime pas », il avait dit. En Russie aussi ils m'avaient prévenu. Ils m'ont même expulsé de leur pays pour essayer de me le faire comprendre. Mais non, moi, je restais têtu, aveuglé par l'espoir que la planète entière m'adule. Mais ça y est, enfin, je viens de me faire maraver la tête au pied de mon estal. Oui. Je viens d'accomplir l'abracadabrantesque exploit de me faire virer d'un site dédié au vélo en y écrivant gratuitement des chroniques dédiées au vélo ! Jeudi dernier, n'y pouvant plus tenir, un déçu de ma plume ouvre un topic sur velo-club.net où il s'adonne en guise d'introduction à de fécales comparaisons à propos de mes chroniques qu'il trouve vulgaires. Pasque des fois, je dis maraver, couillon et orgiaque, il dit. Quelques autres types, qui cherchent des amis sur les forums, disent que eux aussi, bêêêê !, ils trouvent ça trop caca. Y'a juste un type, à un moment, qui trouve ça « pas mal ». Merci bien à lui. Et ben l'idée paraît tellement saugrenue à tout le monde qu'un être humain puisse bien aimer mes chroniques qu'ils en concluent que ce type, c'est moi qui me cache. Oui, pasque j'ai très peur. Alors, on peut se demander ce qu'attendait la police (l'administrateur, qui publiait lui-même mes chroniques) pour intervenir et défendre l'écrivain avec qui il avait sciemment décidé de collaborer gratuitement. Bêêêêêên la police elle a répondu que oui, c'est vrai, c'est caca, que pardon, qu'il refera plus jamais ça de toute sa vie et qu'il espère que Sa Majesté le roi Donneur-d'Avis-sur-Forum veuille bien lui pardonner, lui promettant à l'avenir les chroniques plus consensuelles qu'Il exige. Et là, paf!, ni une ni deux, en plein milieu de deux courses, sans sommation ni mise en garde, il me sucre la diffusion des chroniques sur son site par décision divine. La classe. Deuxième censure. Je vais continuer alors. Rendez-vous le 23 mars pour Milan-Sanremo.

 

 

 



Ces chroniques sont également publiées sur www.siteducyclisme.net

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