Tour de Catalogne 2014

Petit cycliste deviendra grand
Etape 1. Calella – Calella (165km), le 24/03/2014.

     À l'échelle du Tour de Catalogne, cette première étape ressemblait à une ballade de cyclo-touriste. Juste deux cols de troisième catégorie et un de première, et en plein milieu d'étape, même pas à la fin. Une promenade pour grand-mère. Une pampa pour sprinteurs. Cette année, en Catalogne, tous les gros camionneurs du peloton sont venus se dégourdir les jambes. Tous sauf les gros camionneurs-sprinteurs qui regardent d'un œil amusé cette obsession des organisateurs à mettre des cols partout. Du coup, comme avec un peu d'effort on trouve toujours à faire, les seconds couteaux sont de sortie. Quelques troisièmes même. On trouve toujours un bout de plat pour se montrer. Les seconds couteaux, dans une équipe, c'est tous ces types qui ont pas intérêt à se louper quand on leur donne une chance. Par exemple, quand tu es sprinteur chez Giant, dans la même équipe que Kittel et Degenkolb, et ben là non, t'as pas intérêt à te rater. Pasque des chances, t'en aura pas douze dans la saison. Et si tu la rates, ben tu continueras à porter des bidons. C'est comme ça la beauté du sport, un truc où si t'es plus faible, tu coupes des citrons pour les autres. Mais ce soir, Mezgec, il coupera pas les citrons. Non. Il les mangera ou s'il préfère un jus, il pourra demander à ce qu'on les lui presse avec deux-trois oranges et un demi pamplemousse. Et puis peut-être, la semaine prochaine, un peu plus tard, un jour, Kittel et Degenkolb, ils voudront bien encore une fois le laisser croquer un petit quartier d'orange juteux.



Au revoir et adieu, jolie fille d'Espagne
Etape 2. Mataro – Gérone (168km), le 25/03/2014.

     Nous aussi au vélo, on a nos questions existentielles. Depuis quelques années, un débat déchire les amateurs de vélo. Pour ou contre l'oreillette. Les partisans et les contradicteurs se livrent une guerre acharnée où quelques morts, même, sont à déplorer. Moi, pour ou contre l'oreillette, je m'en fous. Mais aujourd'hui, enfin, face à l'injustice, une union sacrée pointe le bout de son nez, une revendication commune effaçant pour un temps les disputes anciennes. Même moi qui m'en fous de l'oreillette, je clame avec eux, c'est dire si tout le monde clame la même chose. Que les coureurs aient, ou non, les informations concernant le qui est où et à combien de temps reste discutable. Mais pour tous les autres gens, genre nous, quand même, ce serait mieux d'avoir deux-trois indications parfois. Nous savions l'Espagne en crise mais nous ne l'imaginions pas déjà la tête sur le billot. Les organisateurs du Tour de Catalogne ont parcouru toutes les routes d'Espagne, de la Galice à la lointaine Andalousie. En vain. Pas moyen de trouver un GPS digne de ce nom. Ainsi, depuis hier soir, une grande aumône est organisée après chaque étape. Les organisateurs, sans trop y croire, espèrent pouvoir réunir une vingtaine d'euros pour pouvoir passer en douce la frontière et importer un GPS, il paraît qu'en France, y'en a. Pour l'instant, on nous balance les écarts entre les coureurs et les distances restant à parcourir un peu à la louche. Avec un chronomètre et une vue d'hélicoptère. Ça reste gérable sur une étape de sprint, même si Mezgec hier est arrivé cinq kilomètres avant l'arrivée, mais à partir de demain, cette histoire, ça va pas être drôle du tout. Aujourd'hui aussi, c'était jour de sprint. Alors Mezgec en a profité pour avaler un deuxième quartier d'orange juteux.



On ne discute pas le salaire des anges
Etape 3. Banyoles – La Molina (162km), le 26/03/2014.

     On nous avait annoncé cette étape comme non pas l'étape reine, qui est pour demain, mais au moins comme une étape avec un peu de sang royal. Je rentre à l'instant de la gendarmerie où je viens de déposer une plainte contre x pour publicité mensongère. D'ailleurs, apprenant comment on nous avait saccagé l'étape, le flic a lui aussi porté plainte. Quelques têtes devraient bientôt tomber. Au lieu de faire du vélo, les favoris ont juste joué à se renifler les fesses jusqu'à la flamme rouge. Puis, enfin, ces messieurs ont tout de même décidé que le moment était peut-être venu de justifier leurs salaires mirobolants. Un kilomètre pour quarante patates par mois, c'est sûr, ça vaut le coup. Mais il leur sera beaucoup pardonné pour ce dernier kilomètre. Surtout à Purito qu'il ne faut jamais garder avec soi jusqu'au dernier kilomètre si on veut avoir un jour une chance de gagner. Froome a été le premier à essayer de faire le malin. Ben fallait pas. Tous les autres lui ont mis des contres dans la tête. Surtout Purito. Mais pas seulement. Contador et Quintana aussi. Même Van Garderen a fait manger son dérailleur au britannique, c'est dire. Le type, on lui demande de rouler pendant un kilomètre et il trouve quand même le moyen de se faire battre par Van Garderen. La honte. Tiens, on devrait lui retirer tous ses titres pour ce blasphème. Ce soir, si j'étais un sponsor, je regretterais de me casser la tire-lire pour des feignasses. Sauf Purito. Purito, lui, c'est pas pareil, c'est un ange. Et on ne discute pas le salaire des anges.



Mea culpa ? Non, c'est un complot.
Etape 4. Alp – Vallter 2000 (166km), le 27/03/2014.

     En Catalogne, aujourd'hui, ils avaient perdu leurs caméras dans le brouillard. Résultat, pas de faisceau, pas de réseau, pas d'image. Sympa l'étape reine ! Juste des rumeurs twittées, retwittées, répétées, amplifiées. Donc, selon la rumeur, dans l'ascension finale, la Sky aurait fait sa Sky en roulant comme des brutes. Et selon la rumeur encore, c'est Van Garderen qui aurait finalement gagné l'étape face à Romain Bardet, avec Contador arrivant un peu derrière, suivi de Rodriguez, Froome et Quintana. Mais tout ça, c'est que de la rumeur. C'est pas possible. Pasque si c'est vrai, j'ai l'air malin moi avec ma chronique d'hier où je m'étais naïvement dit que mettre une petite claquounette dans la tête à Van Garderen serait très drôle. Oui. Même, peut-être, si je m'étais arrêté un peu plus longtemps sur le cas de l'américain, j'aurais sans doute été jusqu'à le traiter d'incapable, de parpaing ou de plein d'autres trucs pas très ravissants et très gratuits comme j'aime le faire. Et là, aujourd'hui, il gagnerait l'étape reine du Tour de Catalogne. Rôôô, la honte ! Mais comme on aura jamais la preuve en image, je pourrai toujours dire que cette victoire, c'est une légende. Même, peut-être, c'est pas impossible que je crée un genre de théorie du complot où je me surprendrai de constater que, bizarrement, quand Van Garderen gagne, on a pas d'image. Tiens, tiens, c'est vrai que c'est louche, ça. Purito conserverait quand  même son maillot blanc de leader. Ça, ça doit être vrai.



La maladie d'Alberto Lyme
Etape 5. Llanars – Valls (218km), le 28/03/14.

     Cette année, en Catalogne, quand c'est jour de sprint, c'est jour de Mezgec. Mezgec, les bosses de Catalogne, ça lui fait même pas peur. Il les passe et ensuite, tranquillement, il massacre tout le monde à l'arrivée. On pourrait rentrer deux-trois autobus entre lui et ses concurrents. Bon faut dire que ses concurrents, c'est pas non plus l'élite du peloton en sprint. D'ailleurs, même Contador a essayé de faire le sprint pour essayer d'aller pêcher quelques secondes de bonifications, c'est dire. Contador, il est pas bête. Il se dit qu'avec les parpaings qu'on se tape depuis une semaine, il peut avoir ses chances. Le bougre finit sixième. Contador sixième d'un sprint ! Y'a un paquet de pseudo sprinteurs qui peuvent aller s'enterrer quelque part la tête dans le sable pour réfléchir à la suite de leur carrière. Il paraît qu'on embauche dans le bâtiment. En tout cas, le petit Alberto, il a pas décidé de lâcher l'affaire. Alberto, c'est une espèce de tique que même si t'as l'impression que tu l'as enlevée, il reste toujours sa tête qui te ronge et te fait attraper des maladies qui te font mourir dans d'atroces souffrances. Il arrête jamais. C'est pas un gars qui t'égorge. Sauf des fois. Oui, des fois il t'égorge. Mais des fois aussi, il te plante son petit canif dans le bide, et il tourne, il tourne, il tourne doucement, jusqu'à ce que tu te vides les viscères sur l'asphalte. Et les viscères des perdants, c'est beau quand ça se vide sur l'asphalte.



Coucouille et Concon ou la Révolution télévisuelle
Etape 6. El Vendrell – Vilanova (172km), le 29/03/14.

     Aujourd'hui dans cette chronique, avant de parler un peu aussi de l'étape du jour, je tiens à souligner, et féliciter, l'immense bonté de la chaîne Eurosport-la-Miséricordieuse qui diffuse ce Tour de Catalogne. Chez Eurosport, l'intégration par le travail des personnes handicapées, ils prennent pas ça à la légère. Surpassant même ce que la loi leur impose, ils explosent tous les quotas d'embauche chez nos amis les-pas-tout-à-fait-pareil-que-nous. Tous les jours, Marion Gachies et David Moncoutié nous accueillent pour nous présenter l'étape du jour avant le direct puis reviennent à la fin pour nous résumer, recommenter et analyser ce que nous venons de voir. C'est la première fois dans l'histoire presque centenaire de la télévision que la présentation d'une émission est entièrement confiée à deux handicapés. Coucouille et Concon, c'est comme tous les handicapés : ils sont sympas et on apprend toujours beaucoup sur soi à leur contact. Et puis je trouve ça bien qu'on donne un emploi aux handicapés pasqu'après tout, les handicapés, c'est presque des gens comme nous sauf que eux ils ont des places de parking bleues alors que nous grises. Sinon aujourd'hui, sur la route, dans une étape aussi plate que possible pour un Tour de Catalogne, une échappée est arrivée au bout. Une échappée qui arrive au bout, c'est toujours une chance pour un prolétaire laborieux du peloton de recevoir quelques lauriers et un brin de lumière dans l'ombre de ses leaders. Le prolétaire victorieux aujourd'hui, c'était le hollandais Clement de la Belkin qui gagne avec son maillot de meilleur grimpeur sur les épaules. Un prolo qui gagne au vélo c'est comme un handicapé qui travaille, ça te fait toujours perler une petite larme d'émotion sur la joue.



Travail, famille, région
Etape 7. Barcelone – Barcelone (120km), le 30/03/14.

     En Catalogne, ils étaient drôlement contents cette semaine d'avoir une belle course de vélo avec, entre autres, les quatre premiers du dernier Tour de France. Comme ils savaient qu'ils allaient passer à la télé, les catalans ont peint tout un tas de drapeaux avec les couleurs de leur région adorée, les faisant flotter avec fierté sur le bord des routes, montrant au vent qu'un patriotisme régional a l'air tout aussi con que ses cousins nationaux. Au niveau de la course, les catalans avaient même poussé le vice jusqu'à créer un classement annexe où seuls les catalans avaient droit de cité. Le sport, c'est beau, hein ?, quand ça pue le clocher. Bon alors, on peut dire qu'il y a toujours et partout dans le monde des couillons porteurs de drapeaux. Ce serait même drôlement vrai de le dire. Sauf que là, la course, elle avait pas lieu ailleurs. C'était en Catalogne. Et il faut croire que les organisateurs ont pris un peu plus de temps à orchestrer leurs leçons patriotiques qu'à vérifier s'ils avaient acheté tous les câbles pour assurer une retransmission correcte. Aujourd'hui, à la télé, la course s'est presque résumée à un plan fixe de la ligne d'arrivée, sur un dernier circuit très accidenté de six kilomètres emprunté huit fois. Le jeu, c'était de deviner si les types qui passaient devant la caméra faisaient partie de la tête de la course, des groupes attardés ou du peloton. Quand vous aviez deviné, il suffisait de lancer un dé et ça vous donnait l'écart. Ce qu'on a compris, c'est que Westra a gagné l'étape en solitaire et que Purito remporte le Tour de Catalogne et le si primordial et puant classement des catalans par la même occasion.

 

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