Tour de France 2013

Action ou vérité
Etape 1. Porto-Vecchio – Bastia (213km), le 29 juin 2013.

    
Action. Mince, y'a un bus coincé sous le portique d'arrivée. Y'a aussi, à 8km de là, à 60km/h, un peloton lancé comme une brique qui tombe. La crainte, c'est que, dans quatre minutes, les deux sont largement susceptibles de se rencontrer. Les gens ont drôlement peur. Vérité. Y'a Jalabert, ben, il s'est peut-être dopé en 98. Action. Deux pneus dégonflés, une marche arrière et deux jantes flinguées plus tard, la voie est libre. Les gens sont drôlement rassurés. Vérité. Ben même, il paraît que y'a pas que lui. Action. À 4km de l'arrivée, pim !, ça chute à l'avant du peloton. Sagan et Contador sont écorchés, Tony Martin s'est fait la clavicule. Vérité. Quand j'étais petit, j'ai eu froid alors ma cousine, elle m'a prêté un pull rouge. Action. Cavendish a disparu, Greipel déraille, et Kittel est le premier joli maillot jaune. Vérité. Jalabert, il commente pas le Tour cette année. Ça doit être encore un coup de la morale, ça.



Prolétaires de tous pays, unissez-vous!

Etape 2. Bastia – Ajaccio (156km), le 30 juin 2013.
    
    
Au départ de l'étape, les coureurs se sont dit que puisque c'est ça, on fait grève. Pasqu'ils n'aiment pas trop qu'on leur mette des bus sur la ligne d'arrivée. Marc Madiot, surtout, était pas content. Mais Madiot est une vieille carne qui respire autant la joie de vivre qu'un porte-manteau dans un camp de nudistes. En fait, ils ont rien fait du tout, c'était juste pour dire. C'est dommage, moi, j'aime bien les grèves. Les pauvres bougres qui ont inventé la grève-surprise doivent être tout étonnés de s'apercevoir qu'il existe aussi le retour-au-calme-surprise. C'est un coup de massue sur l'édifice des luttes sociales. Pour cela, et nous serons quittes, on ne les plaindra pas d'avoir pris toute la journée sur le casque un cagnard à leur faire fondre les durites. Et puis, les petits prolétaires de la bicyclette n'avaient pas dit leur dernier mot aujourd'hui. C'est l'histoire d'une petite puce qui bondissait et courait devant un gros troupeau vorace de gros éléphants pucivores et très méchants. Ben, c'est la puce qui a gagné. Là-haut, sur un nuage, Karl Marx, Jean de la Fontaine et le roi David saluent la justice du Destin et acclament à l'unisson Bakelants, vainqueur de l'étape et nouveau maillot jaune.



Allons-z'enfants!
Etape 3. Ajaccio – Calvi (145,5km), le 01/07/2013.

    
Bakelants. Il est content. Il a gardé son maillot. Mais, aussi, il est un peu pas content de ne pas être français. Pasque s'il avait été français, il serait devenu l'un des grands favoris du Tour. C'est Thierry Adam qui l'aurait dit. Mais là, il est que belge. Sans doute, quand même, Thierry Adam le trouve très sympathique et charmant. Il trouve tout le monde très sympathique et charmant sauf Amstrong, que lui, c'est le gros méchant. Hitler aussi, c'était un gros méchant, il dit. Quand même, Thierry Adam, il est content, pasque Rolland, il a gardé le maillot à pois. Rolland, il est né à Gien, c'est vous dire s'il est français. Et Europcar, c'est une équipe (de Vendée, c'est vous dire si elle est française) avec tellement de camarades très sympathiques et simples et charmants et propres avec des vraies valeurs que c'est des valeurs qui dépassent l'idée même du cyclisme, pasque c'est des valeurs que pas pour le vélo mais aussi pour la vie, et que ça fait du bien de voir des gens comme ça sur un podium. Sagan, il est un peu content, et puis pas content. Il récupère le maillot vert mais Gerrans lui mange l'étape d'un quart de roue. Oh, hein, quand même, ce Tour, pour l'instant, il est drôlement bien !



La journée des courbettes
Etape 4. Nice – Nice (25km). Contre-la-montre par équipes, le 2 juillet 2013.

    
Oh, l'équipe Orica gagne, jetant par-là même la disgrâce sur tous les instituts divinatoires de paris, sondages et autres prédictions sportives, Gerrans est en jaune. C'est un peu la surprise mais tout le monde a l'air très content. La Sky est contente pasqu'ils ont pas gagné, Tinkoff est content pasqu'ils ont pas perdu, Europcar pasqu'ils sont pas derniers. Les cyclistes, ils aiment bien être à Nice. À Nice, ils sont pas loin de la maison. À Nice, le doux souvenir de leur foyer, planté sur un rocher voisin où on paie moins d'impôts, leur revient. D'ailleurs, Sa Majesté Albert était là aussi. Et puis, à Nice, ils ont un maire sympa qui fait du vélo. Christian Estrosi, sans doute, il vendrait sa mère pour le Tour de France. Un beau sport, oui. Un sport de blancs qui respire le pognon, Estrosi est aux anges. Vite, vite, quittons Nice, j'ai la nausée qui monte. À Nice, c'était la journée des courbettes, une des ces journées où France Télévisions sait si bien distribuer ses gâteries buccales dans le derrière des riches et des puissants de ce monde.



Et au milieu roule un sprinteur
Etape 5. Cagnes-sur-Mer – Marseille (228,5km), le 3 juillet 2013.

    
Le sprint est une épreuve cycliste qui consiste à devenir soudain une grosse brute toute verte sur une ou deux centaines de mètres. Pour résumer, le sprinteur est, en fait, un gros tas de cuisses. Par convention sociale, le sprinteur est un cycliste s'adonnant facilement à la prétention. Sans doute, déjà, enfant, dans la cour de l'école, il jouait perso au foot. Le sprinteur, souvent, t'as envie de le tarter pasqu'il t'énerve. En plus, si c'est un sprinteur doué, il a l'arrogance de la clairvoyance de son talent. C'est fou à dire mais plus tu as de têtes-à-claques dans un sprint, plus le sprint est beau. Et comme un beau sprint, c'est beau, je bénis la cellule qui créa, en des temps lointains, le salopard. Pour résumer, le sprint est une épreuve cycliste où, à la fin, c'est toujours Cavendish qui gagne. Sinon, nous remplacer le maire de Nice par celui de Marseille, c'est un truc à vous dégoûter du changement, ça.



Un plat pays 
Etape 6. Aix-en-Provence – Montpellier (176,5km), le 4 juillet 2013.

    
Ça ressemblait à une étape toute plate. D'ailleurs, c'en était une. Ça ressemblait à une étape où rien ne change. Et, en fait, pas du tout. Déjà, y'a un tas de types qui ont pris le bouillon. Van den Broeck et Brajkovic font pin-pon dans l'ambulance et Cunego voit désormais mieux la lanterne rouge que le maillot jaune. Ça, au moins, c'est de l'abandon ou de la défaillance de marque. Bouhanni aussi a abandonné. Mais là, ça ne change pas grand'chose à la course. À cause du vent, le peloton était tout nerveux comme un troupeau de gosses perdus dans le noir glacial d'une nuit forestière. Même Contador et Froome faisaient pas les malins. Alors, ils sont tous restés ensemble. C'était plus rassurant. Sur la ligne d'arrivée, Greipel a grillé la politesse à Sagan, Cavendish et Kittel. Cavendish qui perd !? Je fais péter la blanquette de Limoux. Un peu derrière, Gerrans s'est laissé enfermé dans le peloton. Il perd 5 secondes et le maillot jaune mais c'est un copain à lui qui le récupère. Impey qu'il s'appelle, son copain.



Gras-double
Etape 7. Montpellier – Albi (205,5km), le 5 juillet 2013.

    
Jusque-là, sur la route du col de la Croix de Mounis, tout se passait assez gentiment dans le peloton. Puis, soudain, la malice est tombée sur la tête à Sagan. Sagan, il en avait marre de voir des gros types comme Greipel lui coller aux basques depuis le début du Tour. Surtout que sur la ligne d'arrivée, il s'en trouvait toujours un pour lui chiper l'étape. Sagan, fallait pas l’énerver. À la Cannondale, ils font pas dans le social, ils aiment pas les gros. Et les gros, ils aiment pas les cols. C'est à cause de la gravité. Y'a aussi des maigres qui aiment pas les cols. C'est à cause de la gastro. Alors, la Cannondale, ils ont joué à la locomotive pendant toute l'étape. La moitié des wagons, des gros et des maigres, ont pris quinze minutes au général et soixante points de maillot vert dans la tête. Comme il fallait pas tout gâcher, Sagan a gagné l'étape. Kadri a pris le maillot à pois à Rolland et y'a un type qui s'appelle Impey qui a toujours le jaune. Et demain, bim!, les Pyrénées.



Là-haut, là-haut, très loin dans l'espace
Etape 8. Castres – Ax-3-domaines (195km), le 6 juillet 2013.

    
Quand on était petit, y'avait Goldorak. Lui, il mettait des grands coups d'astérohaches partout dans la tête des autres golgths. Y'avait Olive (et Tom, mais pas souvent) qui décalquait la tête des gardiens avec des frappes qui avaient la force du tigre. Y'avait Pilule, aussi, qui, à la fin, tua tous les bandits. Tout ça, c'est très bien, ça fait des jolis souvenirs. Mais en dessin animé, ou en bande dessinée, pas au Tour de France ! Non mais l'autre, c'est même pas lui qui sème Contador, Evans et tous les autres, non, c'est Porte. Et  Froome, tranquille, il double son collègue quand y'a déjà plus personne derrière. Peut-être il lui dit merci en passant, et pim !, Contador prend deux minutes dans sa grande dentition d'espagnol, Evans en prend quatre dans sa tête d'aborigène et Voeckler, grand favori de Thierry Adam, en prend vingt-deux dans sa tête de saucisson à l'escargot. C'est plus un Tour, c'est un tapis rouge. Bon. Résumons. Le vert, c'est fait. Le jaune, c'est fait. Qui sait, y'en a peut-être qui vont tomber, crever, dérailler, mal digérer. Oh la la, j'espère.



I'm a poor lonesome cowboy
Etape 9. Saint-Girons – Bagnères-de-Bigorre (168km), le 7 juillet 2013.

     Personnages :
   
          - Nicolas Portal. Directeur sportif de la Sky.   
          - Christopher Froome, Richie Porte, Peter Kennaugh, David Lopez Garcia. Coureurs cyclistes chez la Sky.

FROOME : Les gars ? Eh ! Mais vous êtes où ? Les gars ? Richie ?
PORTAL : Ben, ils sont assez loin en fait.
FROOME : Ben oui mais moi, ça fait que je suis tout seul alors ?
PORTAL : Euh, Porte, t'es où ?
PORTE : À l'hôtel. Pourquoi, c'était aujourd'hui la course ?
PORTAL : Euh, Kennaugh, toi, t'es où ?
KENNAUGH : Je ramasse des pissenlits dans un fossé.
LOPEZ GARCIA : C'est encore la saison des pissenlits ? J'arrive.
PORTAL : Chris ?
FROOME : Oui ?
PORTAL : Ben, oui, t'es tout seul.
(…)
FROOME : Euh, y'a Quintana qui attaque. Je fais quoi ?
PORTAL : Ben tu suis, bourrique.
(…)
FROOME : Euh, il attaque encore.
PORTAL : Ben pareil.
(…)
FROOME : Pfff, encore. Il me saoûle Quintana.
PORTAL : Tais-toi. Suis.
(…)
FROOME : Euh, y'a Martin qui attaque.
PORTAL : Non, là tu t'en fous.
FROOME : Fuglsang ?
PORTAL : Tu t'en fous aussi.
(…)
FROOME : Euh, je commence à être fatigué moi, les Movistar, ils roulent comme des brutes.
PORTAL : Tais-toi et roule.
FROOME : C'est bientôt fini ?
PORTAL : Plus que dix bornes.
KENNAUGH : C'est vrai ?
PORTAL : Non, toi, il doit t'en rester deux cent douze. T'as trouvé des pissenlits ? Ramène-nous des mûres si t'en trouves.
LOPEZ GARCIA : C'est déjà la saison des mûres ? J'arrive.
(…)
PORTAL : Bon. Dan Martin a gagné l'étape. Aujourd'hui, la Sky, c'était que Froome. Mais que Froome, pour l'instant, ça suffit tranquille.
FROOME : Richie ? T'es où ?
PORTE : Euh, je sors de la douche, j'arrive. On part à quelle heure ?

 

 

 

 

 

 

 

La culture de la laitue.

Etape 10. Saint-Gildas-des-Bois - Saint-Malo (197km), le 9 juillet 2013.
    
Si les gens préfèrent aller voir le championnat du monde de la culture de la laitue en potager, grand bien leur fasse. Si c'est pour s'horrifier d'un coup d'épaule donné dans un sprint, ça vaut vraiment pas la peine de s'embêter à regarder le vélo. En culture de la salade, le contact est prohibé par le règlement. Si tu fais ça, t'es disqualifié et tu deviens la honte de ton sport pour tous les amateurs de laitue et toute ta vie, tout le monde t'appellera le tricheur et tu mourras triste de ne plus être aimé par personne. Alors oui, c'est vrai, Vellers, ça a pas dû lui faire du bien de prendre ce coup d'épaule de Cavendish, et par effet de causalité, d'aller s'anéantir la tête sur le bitume. De là à dire que Cavendish est coupable, faut drôlement aimer la salade. En guise d'analogie, on peste toujours contre ces petites voitures sans permis, ces astres de la lenteur se traînant sur la route, et qu'on finira bien un jour, à la sortie d'un virage, par s'encastrer sur le capot. Ben là, la petite voiture électrique, c'était Vellers. Par de malheureuses circonstances, sa route et celle de Cavendish se croisaient en un point et la physique veut que deux cyclistes ne peuvent pas occuper le même endroit. Il faut qu'il y en ait un qui vole. Vellers, dans sa chute, a-t-il eu le temps de voir que son travail n'avait pas été vain et que Kittel avait gagné l'étape ? La question demeure.


Il est où, hein, le vainqueur?
Etape 11. Avranches - Mont-Saint-Michel (33km). Contre-la-montre individuel, le 10 juillet 2013.
    
    
Tony Martin, aujourd'hui, a réalisé l'une des plus grandes performances de tous les temps en contre-la-montre individuel. Ce devait être beau de voir filer dans le vent le maillot blanc du double tenant du titre de la catégorie. Ce devait être car, en fait, on sait pas, on n'a rien vu du tout. Non. Tony Martin a passé la ligne d'arrivée bien avant la prise d'antenne de l'étape du jour. Pendant que l'allemand remportait l'étape, Laurent Luyat, au village départ, devait nous gratifier de l'incroyable et inégalable spectacle de cuisiner une tourte au camembert avec Vincent Delerm. Y'a des tourtes qui se perdent. Ce qu'il nous ont laisser voir, à la télé, dans leur grande mansuétude, c'est Froome qui laisse ce soir les autres se battrent pour une place honorable sur le podium à Paris. Froome est au sommet, les autres sont partis à la pêche. Sauf Martin. Mais lui, on sait pas trop. On n'a rien vu. Mais nous n'avons pas tout perdu. Ce soir, au dîner, on aura de la tourte au camembert. Et nous irons prestement la vomir pour rendre hommage au journalisme sportif de la télévision publique.

 

 

Le trône déchu.
Etape 12. Fougères - Tours (218km), le 11 juillet 2013.

    
La route entre Fougères et Tours est aussi plate qu'un mannequin squelettique défilant sur les podiums de la mode. Et si on regarde à l'horizon, avec un peu d'effort, on doit pouvoir apercevoir Londres ou New-York. Là-bas, au pays de l'accent parfait, une colline est une verrue. L'immense platitude des terres annexées par les capitalistes de la céréale étant d'un ennui considérable, le peloton a roulé comme une brutasse, histoire d'en finir au plus vite. Le sprint, cette année, est un dé à quatre faces. Kittel, Greipel, Cavendish et Sagan. Dans sa chambre d'hôtel, ce soir, Cavendish doit rêver de la promulgation d'une loi interdisant aux gens de s'asseoir sur un trône où y'a déjà quelqu'un d'assis. Kittel, encore vainqueur, pour un quart de poil de cul de boyau de mouche, renvoie le pauvre britannique dans le tiroir des anciennes grandes légendes du Tour, ce qui est très flatteur quand on est mort ou à la retraite, mais très embêtant quand on est encore sur le circuit.


La plaine, c'est le bordel.
Etape 13. Tours - Saint-Amans-Montrond (173km), le 12 juillet 2013.
    
    
Cavendish, hier, il a pas dû trop aimer ma chronique. Ça l'a vexé. Alors, aujourd'hui, pour me faire manger mon stylo, il a mis un grand coup de pied dans les fesses à Kittel, et il a repris sa place sur le trône. Narquoisement, il sourit et moi, je mange mon stylo. Sinon, nous, au début de l'étape, on s'attendait à une course tranquille, le genre d'après-midi à boire des bières et à manger des mikados en attendant la ligne d'arrivée. Sauf que pas du tout. Aujourd'hui, Froome s'est fait pipi dessus et Valverde a mangé ses pédales par la racine. Tout ça, c'est à cause du vent. Un vent à faire rouler une équipe belge. L'oreillette de tous les coureurs a dû bramer un tas de choses toute l'après-midi, y'avait des types partout. Des fois, même, on n'y comprenait plus rien. Alors, les bières sont restées dans le frigo et les mikados dans le placard. Des étapes de plaine comme ça, c'est un truc à vous faire tomber amoureux d'une tourangelle.

 

 

Euh, là, y'a pas de titre à la chronique.
Etape 14. Saint-Pourçain-sur-Sioule – Lyon (191km), le 13 juillet 2013.

    
Jusque ici, être dans l'échappée, ça n'avait servi à rien pour gagner l'étape. On trouvait toujours une équipe ou deux ou plus pour trimer comme une mule et ramener le peloton. Alors, aujourd'hui, ils sont partis à dix-huit devant. Dix-huit, c'est bien. Ça veut dire que si tu t'ennuies, tu peux toujours trouver quelqu'un avec qui discuter. Des échappées au peloton, tout le monde était bien content, ça faisait comme une pause entre l'étape sublime de la veille et la montagne du lendemain. Y'a que la Lampre et Euskatel qui ont un peu essayé pasqu'ils étaient tristes de n'avoir personne devant. Mais la Lampre et Euskatel, même réunis pour la circonstance, cette année, ils font peur à personne avec leurs jolis maillots qui gagnent rien du tout. Donc, enfin, l'échappée est arrivée au bout même si on pourrait discuter pour savoir si à dix-huit, ça compte encore comme une échappée ou si c'est juste comme un petit peloton qui roule un peu plus vite que le gros derrière. Moi, je dis que ça compte quand même pour une échappée, c'est vous dire si je suis un gars qui a des opinions. C'est Trentin qui gagne. Trentin, j'ai pas d'opinion sur lui. Juste que son sprint, il était joli.


On m'aurait menti.
Etape 15. Givors – Mont Ventoux (242,5km), le 14 juillet 2013.

    
Et après, on se demande où passe l'argent de nos impôts. Ben voilà. La DDE, ils ont rasé le Mont Ventoux. Y'a plus de col. Y'a plus rien. Même pas un petit faux-plat ou un genre de petit dos d'âne. Plus rien. Une plaine. Le Ventoux, maintenant, c'est un air de Belgique dans les Alpes, une route de cyclotouriste, une promenade pour grand-mère unijambiste. À voir l'allure du vainqueur, ce petit rocher ne doit pas culminer à plus de dix ou vingt mètres au dessus du niveau de la mer. Tout de même, ils auraient pu avertir les coureurs que dorénavant, le Ventoux, c'était une étape de sprinteurs. C'est pas sympa pour Cavendish. Au niveau du rendu des travaux, c'est très bien fait. La DDE, ils ont bien bossé. Ils ont laissé les vignes, la forêt, le chalet et les cailloux lunaires. En fait, c'est tout comme avant, mais en tout plat. Ça, pour sûr, pour nous gâcher une étape de montagne, y'avait pas mieux que de nous raser la montagne. Quand même, ils ont des idées bien bizarres à la DDE.

 

Mon petit Alberto.
Etape 16. Vaison-la-Romaine – Gap (168km), le 16 juillet 2013.

    
Mon petit Alberto, c'est très bien ce que tu as fait aujourd'hui. Même si Christopher, il a pas senti grand'chose à cause de son armure. Pim !, un coup, t'as essayé de lui fourrer ton doigt dans l'oeil et paf !, un autre coup, tu lui as mis un pointu sur le tibia. Et puis même, avec Rodriguez, vous avez essayé de lui faire quelques chatouilles sous le pied. Mais Froome, c'est un robot. Et la ferraille, ça craint pas les chatouilles. Continue, mon petit Alberto. Les autres, qui restent à côté du maillot jaune, ben, tant pis pour eux, ils ont déjà perdu. On s'en fout d'eux. Vas-y, mon petit Alberto. Ne perds pas trop de plumes demain. Et aux deux Alpes-d'Huez, au Grand-Bornand, dérouille-le ce chien de sa chienne. Danse petit Alberto, qu'on rigole. Froome est un petit robot fade et mielleux. De toute façon, j'aime pas les gagnants. Par exemple, avant, mon petit Alberto, quand tu gagnais, ben j'étais pas pour toi. Mais maintenant, tu perds, alors oui, j'aimerais bien que tu gagnes. Oh, ah oui, tiens, mon petit Alberto, au fait, c'est Costa qu'a gagné l'étape aujourd'hui. En solitaire. C'est bien, hein ?


Courage et bêtise.
Etape 17. Embrun – Chorges (32km). Contre-la-montre individuel, le 17 juillet 2013.

    
Tiens, revoilà la laxative rengaine des morts au champ d'honneur. Ce matin, Péraud est parti reconnaître le contre-la-montre. Dans une descente, il s'est mis le cul par terre. Ou plutôt l'épaule. Sa clavicule est fissurée. Sur le plateau de France 3, on n'est pas loin de décrire la plus grande catastrophe nationale depuis la rafle du Vel' d'Hiv. Finalement, Péraud décide de prendre le départ. Là, sur le plateau, c'est une envolée d'éloges. Quel courage, quel héroïsme, quelle abnégation. Péraud n'était que le neuvième du classement général, le premier français, il devient Péraud-le-Magnifique. Pas un pour dire qu'objectivement, faut être complètement con pour partir en vélo avec une clavicule fissurée. Mais vous comprenez, le dépassement de soi, c'est si beau, si noble. De si belles valeurs fleurant bon la troisième république et la moustache des maréchaux. Essayer de se dépasser, c'est juste le meilleur moyen de se fendre la binette. Et d'ailleurs, un virage, une roue avant qui glisse et Péraud passe de la fissure à la fracture. Les éloges pleuvaient, elles tombent maintenant en trombe. Péraud, ce héros, devient Péraud-le-Maudit, l'homme dont le courage de ceux tombés au champ d'honneur force le respect et l'admiration. Ce n'était pas du courage, c'était de la crétinerie. D'ailleurs, Péraud lui-même, l'avoue à demi-mot. On ne m'y reprendra plus, dit-il. Avec France Télévisions, aucune chance de confondre courage et bêtise.

 

 

La nuance du presque.
Etape 18. Gap – Alpe d'Huez (172km), le 18 juillet 2013.

    
L'équipe Saxo Bank, aujourd'hui, c'était très bien. Ou plutôt presque très bien. Toute la nuance est dans le presque. Ils ont passé toute l'étape devant. Toute, ou presque. Le problème, au vélo, c'est que c'est à la fin de l'étape qu'il faut être devant. Avant, c'est bien, c'est beau mais ça sert à rien. Derrière les neuf échappés, dont Riblon, qui gagne l'étape aujourd'hui en massacrant Van Garderen dans les deux derniers kilomètres, Roche et Paulinho sont sortis tout seuls. Alors, on sait pas trop pourquoi mais c'était drôle, ça promettait de jolies choses. Sauf que rien du tout, ils se sont faits reprendre assez tôt pour que ça fasse pas du tout peur à personne et assez tard pour leur mettre du plomb sous la pédale et les ruiner pour le reste de l'étape. Alors, comme de toute façon y'avait plus personne d'autre dans l'équipe, Contador et Kreuziger ont tenté de partir dans la descente. Sauf que là, encore, rien du tout. Valverde qui avait très envie d'embêter Contador depuis l'étape entre Tours et St-Amans-Montrond, a ramené Froome dans un fauteuil. Et Froome, même pas il attaque, juste il roule normal, que Contador et Kreuziger s'en vont ramasser les tulipes quelques lacets derrière. Et même avec une fringale, Froome remet une minute dans la tête à Alberto au sommet. Heureusement que Riblon et Quintana étaient là sinon, on aurait pu croire que le vélo, c'est juste un sport de mou-du-genou aux tactiques douteuses et aux fringales suspectes. Ou presque.


Le Tour de derrière.
Etape 19. Bourg-d'Oisans – Le Grand-Bornand (204,5km), le 19 juillet 2013.

    
Au départ de Bourg-d'Oisans, c'est Vellers qui tenait la lanterne rouge du classement général. Une lanterne rouge, ça se défend. Être dernier du Tour de France, c'est quand même la classe. Vellers, il y tient à sa lumière. Pour essayer de la conserver, malin, il se fait lâcher dès le premier col. Tuft, Muravyev et Bazayev, moins prudents, se laissent avoir et suivent des gens devant. Leurs espoirs s'éloignent. Pourtant rapidement, Tuft, remarquant sa faute, d'une habile chute, rejoint les fonds pas loin de Veelers, encore un peu derrière. Muravyev et Bazayev ne tardent pas à suivre. Enfin tous les favoris sont là. Le suspense va grandissant. Veelers a mal joué le coup. Seul, épuisé, il abandonne. O'Grady vient un peu aider Tuft à l'arrière. Tuft, malin aussi, en profite pour marquer Buzayev à la culotte, histoire de ne pas le voir s'enfoncer loin dans un col derrière lui. Surtout que Muravyev, virtuelle lanterne rouge après l'abandon de Veelers se trompe et se laisse naïvement embarquer dans un groupe devant. Tuft et Bazayev finissent loin et c'est Tuft ce soir qui allume la lanterne et monte sur la première marche des grands favoris à la dernière place. Derrière, je crois que c'est aussi drôle que devant. Et c'est drôlement plus serré. Bien sûr, Rui Costa, en gagnant l'étape aujourd'hui, est celui qui a fait la plus mauvaise opération du jour.

 

 

Au podium.
Etape 20. Annecy – Semnoz (125km), le 20 juillet 2013.

    
Y'a Contador, il a couru, couru, couru depuis trois semaines. À fond. Comme pour prendre son élan pour un saut en longueur très long. Il espérait sauter si haut, si loin, pour atteindre la première marche du podium. Mais, l'imbécile, il a trébuché dans ses chaussures de cycliste et s'est écrabouillé la tête dans le gravier, puis, a glissé jusqu'à se ramasser de tout son long au pied du podium. Quintana, lui, il est plus malin. Comme il est tout petit, il a posé une échelle sur le podium pour l'aider à monter sur la deuxième marche. Comme il est monté assez haut avec sa grande échelle, même s'il est tout petit, il en a profité pour piquer le maillot à pois à Froome. Ça doit être trop bien de piquer un truc à Froome. Rodriguez, il a marché sur la tête à Contador et ça lui a fait comme une marche pour monter sur la troisième. Froome, depuis le temps, sur la première, a eu le temps de s'installer, tranquille, un petit salon où il picole un bon sirop de pastèque depuis quinze jours en attendant les autres.


La tradition, c'est la tradition.
Etape 21. Versailles – Paris Champs-Élysées (133,5km), le 21 juillet 2013.

    
Dans la dernière étape du Tour de France, ça boit du cigare et ça fume du champagne. Ça s'échange des câlins et des mots doux. Ça fait des sourires, des accolades et des bisous. Ça se compare les pansements et les croûtes des mauvais jours. C'est la tradition, c'est comme ça. Dans la tradition, aussi, depuis quatre ans, c'était Cavendish qui gagnait sur les Champs-Élysées. Et bien, cette année, au diable la tradition, on la foule au pied. On boit encore du champagne mais c'est Kittel qui prend la dernière couronne. Il est drôle ce Kittel avec sa tête d'allemand qui a les moyens de nous faire parler. Mais il ne fallait pas trop lui faire de mal à la tradition. Pour la défendre, les journalistes sont toujours là. Entre Versailles et l'Arc de Triomphe, on en a bouffé du Louis XIV, du Napoléon ou du Jeanne d'Arc. Et bien moi, Louis XIV, Napoléon et Jeanne d'Arc, je les mets dans les toilettes, je leur fais caca dessus, je referme le battant, je les laisse mijoter un peu et je tire la chasse. Sinon, ce Tour, il était vraiment très drôle et trop bien.

 

 

 

Bouh !, c'est pas bien.
Annexe 1.

    
Tenez-vous bien. Il paraît que, au vélo, y'a des gens qui se dopent. Ou qui se sont dopés. Je vous jure. Un truc incroyable, hein ? Se doper, c'est comme prendre quatre verres de jus d'orange au petit-déjeuner au lieu d'un seul comme ça, t'as plus de vitamines et tu lattes la tête à ceux qui ont pris qu'un seul jus d'orange. Oui, je préfère vous expliquer ce qu'est le dopage pasque c'est un phénomène si rare dans le sport et ailleurs que peu de gens en connaissent l'existence. Il faut savoir que, dans l'imaginaire collectif, se doper, c'est pas bien. Ça compte pour tricher. Enfin, surtout au vélo pasque dans les autres sports, ça a l'air plus ou moins permis. Les sports en général et le cyclisme en particulier sont une exception. Le dopage est parfaitement autorisé partout ailleurs. Les étudiants, les politiques ou les artistes sont, à titre d'exemples, parmi les plus gourmands. Tout ça n'empêche pas qu'au vélo, ben ils se dopent et que c'est pas bien, et que c'est pas pasque les autres le font que ça devient bien. Non, c'est vrai, bouh !, c'est pas bien. Point.


Je n'en peux plus.
Annexe 2.

    
Je n'en peux plus. Je n'en peux plus des abbayes du treizième siècle, des montagnes du jurassique et des trois briques en ruines plantées sur un piton rocheux qui, à l'époque, étaient la demeure de la cousine du frère du roi d'Aragon de Pologne. Je veux du vélo. Je n'en peux plus de voir ces tracteurs qui tournent en rond pour faire, vu du ciel, comme les roues d'un vélo, brûlant un peu de pétrole à la gloire de Sa Sérénissime FNSEA. Je n'en peux plus de ses bottes de foin empilées que c'est joli, ça fait comme un bonhomme avec un maillot jaune qui dit bonjour, Je veux du vélo. Je vomis sur la tête du type qui a inventé le drone, petite caméra immonde, qui permet de visiter des petits coins reclus et charmants où les cyclistes n'iront bien sûr pas puisque y'a que les drones ou les alpinistes qui peuvent y aller. Je veux du vélo. Je n'en peux plus de notre belle France, de ses clochers, de ses châteaux. Je veux du vélo. De la route et de l'asphalte.

À confesse.
Annexe 3.           

     Je confesse, j'ai péché. Pour le seul plaisir de prendre le contre-pied de Thierry Adam, je m'abandonne à dézinguer régulièrement à peu près tous les cyclistes français. En fait, je trouve ça très drôle. D'ailleurs, c'est pour ça que je le fais. Objectivement, il faut quand même se mettre volontairement du caca sombre dans les yeux pour trouver chez les tricolores un des favoris du Tour. Les coureurs français eux-mêmes ne se posent même pas la question. Et ils se retrouvent souvent comme des couillons à devoir répondre à des journalistes qui prennent un malin plaisir à couronner n'importe qui d'une casquette de favori. Les français, eux, ce qu'ils veulent, c'est gagner des étapes. Un français, aussi, ça aime bien montrer le maillot, même si des fois, c'est un peu n'importe comment. Comme ça, ben ils rentrent contents à la maison. Et nous aussi. Par contre, euh, Bouhanni, lui, non, vraiment, il sert pas à grand'chose. Les autres oui. Voeckler, Chavanel, Pinot, Péraud, Bardet, Rolland, Pineau, … tout ça, oui, ils sont très bien. Mais Bouhanni, c'est vraiment un parpaing. Je confesse, j'ai péché. Et je pécherai encore.


Au moins, remettez-nous Jalabert.
Annexe 4.

    
Posez-vous la question. Si vous aviez le choix, de laquelle de ces personnalités suivantes écraseriez-vous en premier la tête contre un mur ? Cédric Vasseur ? Non, pour lui, plutôt une décharge électrique. Jean-René Godart ? Disons que c'est heureux pour lui qu'il n'ait que cinq minutes d'antenne car au-delà, ce serait un très solide postulant. Jean-Paul Ollivier ? Oh, très sérieux candidat. Moi, plutôt, je lui ferais bien bouffer un clocher. Au moins, parfois, il parle un peu de vélo. Laurent Luyat ? Très gros potentiel. Carcasse insondable de vide. Thierry Adam ? Non, lui, vraiment, je le trouve trop bien. En vélo, il est trop fort. En tactique, il comprend tout. Et puis avec ça, toujours objectif Thierry Adam. Non, pas Thierry Adam. Il est trop beau pour le mur. Et bim !, c'est la tête à Gérard Holtz qui s'empale dans le mur. Pour ses inteviews, pour ses commentaires, pour son théâââtre, pour l'ensemble de son œuvre.

Commentaires (5)

1. Lance Armstrong 26/07/2013

What are you talking about ?

2. Jean Barbe 23/07/2013

La conversation Froome-Portal-Sky à l'oreillette, c'est énorme...

3. hache-u 05/07/2013

tu pourrais mettre le nom des equipes quand tu perles d'un coureur? :)

4. Fignon 05/07/2013

ils m'ont gonflé avec bouani! t'as raison il est nul en plus

5. @tinkof 03/07/2013

Je voyais pas le vélo comme ça. :)

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