Tour Down Under 2014

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Ça bosse énormément.
Etape 1. Nuriootpa – Angaston (135km), le 21/01/2014.

     Jusque là, tout allait bien. Tout le monde était bien content d'être en Australie au milieu des palmiers, des vignes et des australiens. Dans l'échappée matinale, Clarke et Van Der Ploeg avaient montré le maillot puis étaient sagement rentrés dans le peloton juste avant que les choses sérieuses ne commencent. Sur le papier, l'étape était promise aux sprinteurs. Tout de même, histoire de rigoler un peu, à 12 km de l'arrivée, les organisateurs avaient posé en plein milieu de la route une petite bosse de 2 km à 7%. Depuis deux ans, c'est un réflexe quasiment pavlovien, l'équipe Sky, dés qu'ils croisent un bout de goudron qui a l'air de monter, ça les affole, et ils se mettent à rouler comme des brutes. Et ça, rouler comme des brutes quand ça monte, ça plaît pas tellement aux sprinteurs. Résultat, au sommet de Menglers Hill, la moitié du peloton jouait déjà à la belote au fond de la classe. Greipel, lui, était passé. Gerrans aussi. Gerrans, il a peur de rien. Au sprint, il a attrapé Greipel, l'a roulé dans la farine, l'a malaxé drôlement et en a fait un gros tas de pâte à sel difforme. Gerrans est en ocre, déjà. Derrière lui, Evans, Porte, Thomas, Ulissi, Moreno ou Gesink rôdent encore. Gasparotto, lui, est aux oubliettes.



Les lumières de l'outretombe.
Etape 2. Prospect – Stirling (150km), le 22/01/2014.

    
L'arrivée à Stirling, c'est un truc à vous scier les pattes, un tas de faux-plats s'agglutinant sous les pédales. Un peu comme si un gros malin essayait de vous assassiner avec un couteau de pique-nique en plastique mal aiguisé : ça ne tue personne mais à force, ça saoûle et ça fait mal. À 15 km de l'arrivée, les coureurs avaient déjà franchi deux fois Stirling. Et on repartait pour un dernier tour. Sortie de nulle part, dans un but quelque peu mystérieux, toute l'équipe Tinkov s'est mise à rouler. À l'arrière, ça commençait à trainer la patte et à faire un peu la gueule. Les Tinkov, roulant comme des bœufs en rut, ont tellement bien fait leur boulot qu'ils ont même réussi à lâcher Sorensen, leur propre leader. Après ce coup de génie, on ne les a plus revus jusqu'à l'arrivée. Jalouse de ce coup de maître, la Garmin a fait pareil avec Dennis, en roulant jusqu'à extinction de leur leader. À peine une vingtaine de coureurs restaient pour le final. Gerrans toisait Evans. Evans collait Gerrans. Et soudain, sortant des noirceurs de l'outretombe, glissant comme un soleil dans le ciel de Stirling, Ulissi, ce merveilleux génie, a déposé les deux grabataires australiens, posant sa roue sur la ligne d'arrivée comme on pose une cerise sur un gâteau. Gerrans garde le maillot ocre mais la lumière a changé de dossard.



Et j'entends siffler le train.
Etape 3. Nordwood – Campbelltown (145km), le 23/01/2014.

    
Tout aujourd'hui, entre deux siestes, le remords m'a rongé. Le remords d'avoir déployé hier ma vilaine langue de vipère sur des innocents. Car la Tinkov ne roulait pas pour Sorensen mais pour Sutherland qui est quinzième au général à 21s, ce qui, quand même, est pas mal du tout. Alors je ravale ma bile avec l'espoir du pardon de mes victimes. Et sinon, l'étape, cette nuit ? Evans. C'est tout. Le retour du grand Cadel de 2011. À 37 piges, toujours le même. Pas une attaque, pas un coup de pédale plus vite que l'autre. Un train régulier à te faire pâlir de jalousie une horloge suisse, lâchant en à peine 3km tous ses adversaires sur les pentes à 15% de Corkscrew road.  Evans, c'est pas un bonhomme, c'est un régulateur de vitesse pour micheline. Il prend quinze secondes à tout le monde, les bonifications et le maillot ocre. Sublime Evans, y'a pas mieux ni plus à dire. Je finis ma chronique sur une pensée émue pour Rafael Valls qui, non content de ne pas avoir pu prendre le départ ce matin à cause d'une fracture de l'humérus, porte aussi sur ses hispaniques épaules la lourde croix d'être l'homonyme d'un policier trop ambitieux. Courage Rafa.



Gare au gorii-ii-ii-i-i-ille !
Etape 4. Unley – Victor Harbor (148km), le 24/01/2014.

    
André Greipel a, au fond de l’œil, la flamme triste qui brûle dans les yeux de ceux que l'on a volé. Car longtemps, autrefois, le Tour Down Under fut la chasse gardée des sprinteurs. Mais voilà, répondant aux exigences télévisuelles, les organisateurs prennent un malin plaisir à chercher chaque année un peu plus tout ce que la région d'Adélaïde peut compter de bosses et bien sûr, à force de chercher, ils trouvent. Greipel, double vainqueur de l'épreuve en 2008 et 2010, faut pas croire, c'est un vaillant. Mais Greipel dans une côte, c'est un peu comme un beaujolais nouveau, ça passe mais c'est quand même pas dingue. Fort heureusement pour lui, aujourd'hui, les organisateurs avaient oublié de mettre des bosses. Par contre, Dieu avait mis du vent. Quel fourbe coquin, ce Dieu. Une bordure à 50km de l'arrivée punissait Kittel de prendre la sale habitude de camper en fin de peloton pendant toutes les étapes. Sans Kittel et entouré par une équipe le couvant comme une mère jalouse, le gorille de Rostock a passé la ligne d'arrivée sans rencontrer plus d'adversité qu'un allemand à Paris en 40. Il était tout de même assez content pour manquer de peu, en levant les bras sur la ligne d'arrivée, de se ramasser la tête contre le bitume.



Tic-tac tic-tac BOOOUM !
Etape 5. McClaren Vale – Willunga Hill (150km), le 25/01/2014.

     Avec le confit de canard et les pâtes au gruyère, les bonifications au sprint, c'est ce que je préfère dans la vie. Et au sommet de Willunga Hill, point final de cette cinquième et avant-dernière étape, les gentils organisateurs en avaient mis tout plein, des bonifications. Sur internet et à la télé, tout le monde dit que chaque année, Willunga Hill, c'est le juge de paix du Tour Down Under. Moi, comme je ne suis pas plus bête qu'un autre, je dis pareil. Avec au départ de McClaren Vale treize coureurs se tenant en trente-trois secondes, et dix secondes de bonification au vainqueur de l'étape, on se doutait bien, effectivement, que les types dans le peloton allaient pas jouer aux castagnettes ou à la belote. Comme je n'ai pas bien envie de me lancer dans un concours d'arithmétique à 6h30 du matin, autant piétiner tout le suspense de ma chronique maintenant. C'est Gerrans qui a gagné. Pour une seconde. Une seule petite seconde au général sur Cadel Evans qui craque dans les deux-cents derniers mètres de l'ascension. Une seconde, c'est même pas un tic-tac. C'est juste un tic. Un truc à te faire pleurer Fignon dans sa tombe. Ulissi finit troisième à cinq secondes. Porte, qui remporte l'étape, quatrième à dix. Le critérium tout court et tout plat de demain n'y changera très certainement rien. Cette nuit, sans doute, un spectre avec une tête de Greg Lemond hantera le sommeil de Cadel, lui répétant toute la nuit la longue litanie d'une seule seconde qui s'écoule.



Donnez-nous, donnez-nous des parpaings.
Etape 6. Adelaïde – Adelaïde (85km), le 26/01/2014.

    
Hier soir, pendant que Gerrans sautait de joie partout, Cadel Evans déclarait sur les réseaux sociaux que, en gros, son équipe c'était des parpaings. Non, là, quand même, c'est pas bien de dire ça. Ils avaient, certes, quelque chose d'un peu minéral mais de là à les traiter de parpaings, c'est un peu fort. L'équipe à Kittel, eux, oui c'est des parpaings. Alors, moi aussi, c'est vrai, c'est pas bien que je traite une équipe de parpaings. Mais faut dire que moi, sur cette dernière étape, je l'attendais notre premier vrai duel Greipel vs. Kittel de la saison. Et quoi ? Ben rien du tout. Kittel, il a sucré des fraises. Alors bien sûr Greipel, il t'a massacré tout le monde. C'était une boucherie. C'était plus un sprint, c'était une échappée. Et Kittel, ben rien du tout, il finit 76ème. Peut-être bien, sinon, que l'équipe à Kittel, ils avaient oublié que l'étape était si courte aujourd'hui. Ils ont peut-être juste trouvé ça bizarre que le peloton se mette à rouler comme une brute en plein milieu d'une étape.  Alors, on va me dire que je suis méchant et qu'ils étaient juste peut-être pas très en forme en ce début de saison. Alors, oui, d'accord, c'est le début de saison, c'est vrai. Mais pour moi aussi c'est le début de la saison. Et vous croyez vraiment que je suis en forme, moi, en allant me coucher à huit heures du matin tous les jours depuis une semaine ? J'ose même plus regarder ma tête. Et ben quand même je l'écris ma chronique. Non mais. D'ailleurs, ça suffit, au lit. Rendez-vous pour le Paris-Nice. D'ici là, je vais dormir.

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