Tour du Pays Basque 2014

Qui veut jouer à la pelote ?
Etape 1. Ordizia – Ordizia (153km), le 07/04/2014.

     Au Pays Basque, on ne prend même pas le temps d'une première étape pour balader un peu les vélos avant les hostilités. Non. Dès la première journée, on trouve ça très drôle de balancer des vingt pour cent dans la tête des coureurs. C'est sans doute le meilleur moyen de faire péter l'audience. Ce matin, les gens comme moi qui aiment bien perdre leur journée à regarder des types pédaler sous le soleil n'avaient qu'un seul nom à la bouche. Valverde, Valverde et encore Valverde. On se demandait même si c'était pas Valverde lui-même qui avait dessiné l'étape. Et effectivement, dans la dernière ascension Valverde a attaqué. Seul Contador a réussi à accrocher sa roue. Mais Alberto, il avait l'air de faire la gueule. Le petit Alberto dandinait et grimaçait sévère derrière l'un des plus grands puncheurs du peloton, du monde et même peut-être de l'univers. Mais en fait, c'était une grosse feinte. Alberto, dans sa tête, il pouffait déjà de rire. Hey Alejandro, qu'il lui disait, t'es à fond là ? Oui ? Et ben, tiens, prends-toi ce contre dans ta tête de meilleur puncheur de rien du tout. Au final, le petit Alberto met quatorze secondes dans les dents de l'autre. Derrière Kwiatkowsky, Cunego, Trofimov, Péraud, Evans et Nieve limitent un peu la casse. Les autres, sur une idée de Zubeldia, ont lancé un grand concours de pelote à l'arrière et sont attendus sur la ligne d'arrivée dans le courant de la nuit. Oh, ça commence drôlement bien ce Tour de Basquie.



Andy Flickinger, plus fort que Coluche ?
Etape 2. Ordizia – Dantxarinea (155km), le 08/04/2014.

     Hier, j'ai bien ri avec Andy Flickinger. Le directeur sportif d'Europcar, les petits poucets français de l'élite du cyclisme, a déclaré : « Chez nous, le leader, c'est le collectif. » Il faut avouer qu'elle est cocasse celle-là. Personnellement, j'étais pas loin de me péter la rate de rire en lisant ça. C'est un peu comme si l'entraîneur d'une équipe de foot déclarait que l'important c'est pas de marquer des buts, c'est de se faire des passes. A vouloir jouer le collectif jusqu'au bout, les Europcar feraient sans doute mieux d'aller partager une bière ensemble au café du coin. La bière, y'a pas mieux pour un collectif. Mais sur un vélo, c'est quand même pas mal d'avoir un type capable de pousser la pédale un peu plus que les autres. La passe à dix, c'est rigolo mais ça sert pas à grand'chose pour gagner des courses. Sinon, aujourd'hui, dans le Pays Basque, Martin a fait avaler son dentier à tout un peloton qui lui courait après. Il est grandiose ce Tony. Ils étaient au moins cinquante-deux à rouler derrière lui pour le rattraper, ça lui a fait ni chaud ni froid. Il a bourriné avec l'élégance d'un Concorde, tout seul, jusqu'à la ligne d'arrivée. Valverde, de son côté, n'a apparemment pas décidé de lâcher l'affaire. Non. Sa tactique, c'est d'attaquer Contador au moindre faux-plat. Ça sert strictement à rien mais c'est drôlement sympa à regarder. Le gars, quand il voit un dos d'âne ou un ralentisseur, il se dit que c'est sans doute l'occasion rêvée de lâcher cet espèce de gros pot de colle de compatriote qui lui suce la roue jusque dans les nids de poule. Oh, ça continue drôlement bien ce Tour de Basquie.



Mot compte triple
Etape 3. Urdazubi-Urdax – Vitoria-Gasteiz (194km), le 09/04/2014.

     Aujourd'hui, c'était jour de sprint massif. C'est Matthews qui gagne le bouquet. Derrière, le un-peu-surprenant-quand-même Reza prend la deuxième place suivi de... Kwiatkowski, encore troisième. Le polonais, à chaque fois qu'il voit une ligne d'arrivée, ça l'affole. De la montagne, du contre-la-montre ou du sprint, il s'en fout, il veut tout gagner. Des types qui veulent tout gagner, y'en a sans doute une flopée. Même moi, sur le principe, je voudrais bien tout gagner. Sauf que Michal, il a l'audace de pouvoir le faire sur à peu près tous les terrains. Alors que moi, je battrais même pas mon voisin cul-de-jatte ni au sprint ni sur une montagne, c'est dire. S'il y avait eu des bonifications sur le Tour du Pays Basque, le polonais aurait au moins une heure douze d'avance sur tous ses concurrents au général. Oui, Kwiatkowski veut tout gagner. Et selon les dernières informations de notre envoyé spécial en Basquie, Kwiatkowski sortirait même à l'instant de l'ambassade du Pays Basque où il viendrait de déposer une demande de nationalisation basquaise jusqu'à samedi. Le polonais sait que c'est le seul moyen de rafler le classement général du meilleur basque. Et Kwiatkowski, il veut tout gagner. Oui, les basques, c'est comme les catalans, ils adorent les classements régionaux. Ils trouvent ça très malin. Malheureusement, Kwiatkowski sait bien que sa demande a peu de chance d'aboutir. D'abord, pasque pour devenir basque, il faut sans doute avoir une famille basque depuis au moins vingt-quatre générations et puis il faut avoir des x dans son nom alors que le polonais, lui, il a que des w. C'est déjà pas mal, des w, mais c'est pas des x.



Ça sent le sapin
Etape 4. Vitoria-Gasteiz – Eibar-Arrate (151km), le 10/04/2014.

     Mouais... Ben moi, je suis pas convaincu. Une étape de montagne où t'as quasiment quinze types qui arrivent au sprint, c'est un peu gâché. Ça fait comme un aligot sans tome fraîche, une vulgaire purée pleine de patates toutes moisies. C'est la première fois que je vois ça. Les gars, ils se sont plantés dans l'ordre de la course. Ils ont commencé par la fin en se bastonnant comme des morts de faim pendant les cent premiers kilomètres de l'étape. Pas un seul type n'a réussi à se dégager dans une échappée. Même un gars avec trente-six heures et demie de retard au général, il se faisait courser par le peloton. Pourquoi ? Faut pas toujours chercher à comprendre, ça pourrait faire mal à la tête. En tout cas, tous ces imbéciles étaient grillés pour les cinquante derniers kilomètres. Dans la dernière ascension, c'était une guerre de déambulateurs. Ça sentait le formol et la pisse de vieux. Même Evans a tenu la pédale avec les meilleurs, c'est vous dire si ça ressemblait plus à la sortie annuelle d'une maison de retraite qu'à une course de vélo. Les attaques avait la fulgurance d'un pudding anglais, un truc tout mou, tout vert et dégueulasse. Dans cette guerre de grabataires, Poels a été le seul à pousser un peu plus les roues de son déambulateur. Tiens, ça mérite même pas que j'y passe plus de temps sur cette étape toute moisie. Ça continue drôlement pas bien ce Tour de Basquie.



Stephen Roche 2, le retour?
Etape 5. Eibar – Markina (160km), le 11/04/2014.

     Devant, ils étaient seize dans l'échappée avec des types comme Gilbert, Albasini, Mollema, Barguil, Sanchez ou Jungels. Tous ces noms prestigieux, ça a pas plu à la Movistar qui s'est énervée à quarante bornes de la fin. Derrière, ça a commencé à faire un peu la gueule pasque suivre un train de Movistar dans les raidars de la fin de l'étape, c'était pas un truc pour les feignasses. En vingt bornes, c'était plié, y'avait plus d'échappée. Là, la Tinkoff s'est dit que c'était une très bonne idée de rouler comme des sauvages. Un Kreuziger, y'a pas mieux pour massacrer les derniers petits résistants du peloton qui étaient déjà pas loin de crever la bouche ouverte dans le fossé à cause des Movistar. Comme il s'ennuyait un peu, Valverde a attaqué. Contador, qui commence à le trouver pénible ce Valverde d'attaquer n'importe quand, a suivi avec Poels. Valverde, il voulait que Contador prenne le relais pour lâcher Kwiatkowski et les autres avant le chrono de demain. Contador lui a dit d'aller se brosser. Du coup, les autres sont revenus. Aux portes du sprint, ça sentait bon Kwiatkowski. Finalement, emmené par cette grosse brute de Martin, le polonais, qui a pris un abonnement, finit encore troisième. Valverde est deuxième. Et qui c'est qui gagne ? Hein ? Ben Swift ! Oh, l'autre ! Il est passé avec les meilleurs ! Personne ne l'avait remarqué dans le groupe de tête ! Un Sky tout seul qui a su rester discret dans un groupe de tête, c'est quand même un événement à noter. Alors bien sûr, Swift, au sprint, il a décalqué la tête à tous les autres. Ça a même perturbé la réalisation qui nous a annoncé que le vainqueur de l'étape était un certain Roche. Alors, lequel des deux ? Nicolas (qui n'est pas sur ce Tour de Basquie) ou son père ? Oooh, ce serait énorme si c'était Stephen qu'était revenu.



CRACOUCASS !!!
Etape 6. Markina – Markina (26km), contre-la-montre individuel, le 12/04/2014.

     Cette année, jusqu'à aujourd'hui, le petit Alberto manquait encore d'une vraie référence sur un contre-la-montre. Ben voilà, c'est fait. Même, on pourrait presque dire que le petit Alberto, c'est le vainqueur du jour. Bon, c'est vrai, il finit deuxième juste derrière Martin mais Martin, en contre-la-montre, ça devrait pas compter, c'est pas du jeu, il est trop fort. Contador, il bat même Kwiatkowski, qui finit encore une fois troisième du jour. Valverde, lui, ramasse ses dents qu'il a perdu quelque part sur le parcours. Faut dire que le type a grave mangé sa race. Contador lui met une belle gifle, Kwiatkowski lui déglingue le pif, Péraud lui marave sa tête et Spilak le finit à grands coups de parpaing dans les roubignoles. Valverde finit cinquième du général et pleure ce soir dans les jupes de sa mère tellement il est dégoûté. Kwiatkowski, à force de finir tout le temps troisième, finit deuxième. C'est quand même la classe. Péraud aussi c'est pas mal la classe, il complète le podium. Le petit Alberto, il a un grand sourire. Devant sa télé, Froome doit se pisser dessus de trouille. Surtout que chez la Sky, ça a l'air de taquiner plutôt la queue du peloton que la tête. Leur meilleur coureur, c'est un sprinteur. On dirait la FDJ. Jadis, à la seule évocation de la marque « Sky », les gens tremblaient et couraient se planquer dans une grotte tellement ils flippaient leur mère. Maintenant, quand un type dit « Sky », tout le monde se marre. Un peu comme le Cracoucass. Au début, quand il est gros et qu'il casse toutes les maisons en champignons, tu rigoles pas tellement. Mais après, quand il devient tout petit grâce au Grand Schtroumpf, t'as juste envie de te moquer.

 

 

 

 

 

Commentaires (8)

1. nicolasblaise (site web) 12/04/2014

@Ludwig Salut à toi, valeureux guerrier. Ne t'inquiète pas, je trouve ça plutôt drôle de me faire allumer comme ça. Et pour avoir jeté un coup d'œil sur le reste du forum, ça ne m'étonne pas beaucoup. Ça a pas dû être facile non plus pour toi, tu t'es quand même fait traiter de moi. En tout cas, merci.

2. LudwigVoner 12/04/2014

Bonjour. c'est moi qui ai essayé de te défendre sur veloclub. je suis content de voir que tu continues. Il ne faut pas les écouter c'est bien tes chroniques. tes chansons aussi surtout la première.

3. nicolasblaise (site web) 09/04/2014

Oh my poor and dear Lance, I just hope my future will be happier than yours.

4. Lance Armstrong 09/04/2014

"w" is not bad, but that's not "x"... You're a genius Nicolas. A bit like me...

5. nicolasblaise (site web) 08/04/2014

Tiens, Ruurd. Si, j'ai suivi. Là : http://www.nicolasblaise.fr/pages/cyclisme/tour-des-flandres-2014.html

6. Pegman 08/04/2014

Salut Nicolas,
T"as pas suivis le ronde des Flandres? Zunne?
Il y avait pas mal de chutes zunne.
Tant pis tu pourrais voir les chutes en rplay quequepart.
Ciao, Bonne continuation.
Ruurd

7. nicolasblaise (site web) 08/04/2014

C'est bien gentil à toi. Alors je vais continuer. Il faut dire que je trouve ça fichtrement drôle de faire des chroniques sur le vélo.

8. Felagund 07/04/2014

J'ai découvert tes chroniques hier, j'ai tout bien lu comme il faut et j'en redemande !

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